Confronté à une situation tendue au travail, vous entendez parler de “mise à pied conservatoire” et vous cherchez à comprendre ce que cela implique pour votre emploi et votre salaire. Cette mesure, souvent confondue avec une sanction, obéit pourtant à des règles précises. Voici une explication claire, des exemples concrets et des conseils pratiques pour réagir sans stress face à ce type de décision.
💡 À retenir
- La mise à pied conservatoire peut durer jusqu’à 4 mois selon la loi.
- Environ 20% des mises à pied sont contestées par les salariés.
- La jurisprudence sur la mise à pied conservatoire évolue régulièrement.
Qu’est-ce que la mise à pied conservatoire ?
La mise à pied conservatoire est une mesure immédiate par laquelle l’employeur écarte temporairement un salarié de l’entreprise lorsque des faits graves sont allégués et que sa présence sur le lieu de travail n’est plus possible. Elle protège l’activité et les personnes pendant que l’employeur vérifie les faits et engage, si nécessaire, une procédure disciplinaire.
Elle n’est pas une sanction en soi. Elle suspend la présence du salarié, parfois aussi la rémunération, dans l’attente de la suite donnée au dossier. On la rencontre par exemple après une altercation physique, des soupçons de vol, une violation majeure des règles de sécurité, ou des faits de harcèlement.
Définition et contexte légal
Juridiquement, la mise à pied conservatoire est une mesure provisoire. Elle intervient lorsque l’employeur estime que les faits reprochés pourraient constituer une faute grave rendant impossible le maintien du salarié dans l’entreprise, même pendant la durée de la procédure. Elle est distincte de la mise à pied disciplinaire qui, elle, est une sanction formelle et datée.
Concrètement, la mise à pied conservatoire doit être suivie rapidement de l’ouverture d’une procédure disciplinaire, généralement par la convocation du salarié à un entretien préalable. Sans suite disciplinaire, la mesure perd sa raison d’être.
Durée et conditions
La mise à pied conservatoire peut durer quelques jours, plusieurs semaines, et peut aller jusqu’à 4 mois selon la loi lorsqu’une procédure est en cours. Sa durée doit toutefois rester proportionnée à l’enquête et à la complexité des faits.
Côté rémunération, la règle la plus fréquente est la suspension du salaire durant la période d’éviction. Si la procédure ne débouche sur aucune sanction ou si les faits ne sont pas confirmés, l’employeur doit régulariser et payer les jours suspendus. Les avantages annexes éventuels (badge, ordinateur, véhicule) peuvent être restitués ou désactivés le temps de la mesure, selon la sensibilité du poste et le règlement interne.
Procédure de mise à pied conservatoire

La procédure doit être rapide, claire et documentée. L’employeur notifie au salarié la mise à pied conservatoire, puis enclenche sans délai les étapes disciplinaires. La transparence sur les faits reprochés, les dates et les suites envisagées limite les risques de contestation.
Le salarié doit recevoir une information écrite précise. Elle indique la mise à pied, son effet immédiat, la nature des faits allégués, et la convocation à l’entretien préalable ou l’annonce de son envoi imminent. Cette vigilance formelle conditionne la validité de la mesure et de la sanction qui pourrait s’ensuivre.
Étapes de la procédure
- Lettre de notification de la mise à pied conservatoire, remise en main propre contre décharge ou envoyée en recommandé. Elle précise la date d’effet et les faits reprochés.
- Ouverture de l’enquête interne: collecte d’éléments, auditions de témoins, sécurisation des accès et des données si nécessaire.
- Convocation à l’entretien préalable avec respect du délai légal entre la convocation et la date d’entretien, et possibilité pour le salarié de se faire assister.
- Entretien préalable: présentation des griefs, explications du salarié, examen des pièces. L’employeur garde la maîtrise de la décision mais doit écouter réellement.
- Notification de la sanction éventuelle dans le délai d’un mois à compter de l’entretien, ou abandon des poursuites disciplinaires si les faits ne sont pas établis.
Exemple concret 1: après un inventaire révélant des écarts importants, un magasinier est mis à pied conservatoire. L’entreprise sécurise les stocks, audite les mouvements, auditionne l’équipe. À l’issue, soit la responsabilité est avérée et une sanction tombe, soit elle ne l’est pas et la paie est régularisée.
Exemple concret 2: un chef d’équipe et un technicien en viennent aux mains. Les deux sont écartés temporairement pour apaiser le climat, recueillir les témoignages et visionner les caméras. La suite dépendra des responsabilités individuelles établies.
Dans tous les cas, la mise à pied conservatoire n’est pas un raccourci disciplinaire. Elle sert à préserver la collectivité et l’enquête. La rigueur des écrits et le respect des délais sont essentiels pour éviter une irrégularité de fond ou de forme.
Sanctions possibles et conséquences
La mise à pied conservatoire peut déboucher sur différentes issues. Elle peut être suivie d’une sanction, d’un licenciement, ou ne mener à aucune mesure si les faits ne sont pas confirmés. L’employeur choisit la sanction proportionnée au vu des éléments recueillis.
Sanctions possibles après l’entretien préalable, selon la gravité des faits et le règlement intérieur:
- Avertissement ou blâme
- Mutation ou changement d’affectation, parfois avec accord du salarié
- Rétrogradation, le plus souvent avec accord
- Mise à pied disciplinaire d’une durée déterminée
- Licenciement pour cause réelle et sérieuse, ou licenciement pour faute grave voire lourde
Conséquences sur la rémunération: si une sanction est notifiée, les jours de mise à pied conservatoire restent non payés dans la plupart des cas. Si aucune sanction n’est retenue ou si la qualification des faits ne justifie pas l’éviction, l’employeur doit procéder à la régularisation des salaires pour la période de suspension.
Conséquences sur le dossier du salarié: les avertissements et sanctions écrites sont versés au dossier et peuvent influencer l’évolution de carrière. En cas de licenciement, des droits spécifiques s’ouvrent, notamment l’inscription à Pôle emploi selon les règles en vigueur. Les avantages en nature et les accès informatiques restent gérés au cas par cas pendant la suspension.
Recours du salarié: environ 20% des mises à pied sont contestées. Le salarié peut saisir le conseil de prud’hommes pour contester la régularité de la mise à pied conservatoire, la matérialité des faits, la proportionnalité de la sanction ou le licenciement. Les juges examinent la procédure, le respect des délais, la réalité des griefs et l’adéquation de la mesure. La jurisprudence évolue régulièrement, avec des décisions rappelant la stricte nature conservatoire de la mesure et sanctionnant les abus.
Exemple pratique: un salarié mis à pied conservatoire pour “insubordination” prouve que son refus concernait une consigne dangereuse. La sanction est annulée, les salaires de la période sont remboursés et des dommages-intérêts peuvent être accordés en cas de préjudice.
Conseils pratiques pour les salariés
Garder une vision claire et structurée évite les faux pas. Dès l’annonce d’une mise à pied conservatoire, sécurisez vos écrits et vos délais. Cherchez l’appui d’un représentant du personnel ou d’un conseil juridique pour préparer vos réponses et vos pièces.
Adoptez quelques réflexes simples: gardez votre calme, demandez la décision par écrit si elle ne l’est pas, lisez attentivement chaque document, et préparez votre entretien avec des faits précis. Évitez de communiquer à chaud sur les réseaux internes ou externes, cela pourrait se retourner contre vous.